Il y a une dizaine d'années, j'avais commencé la trame de ce que je voudrais être une "comédie musicale", un genre que je ne maîtrise pas réellement mais qui me fait envie. Mais je ne crois pas que j'ai choisi la facilité car je traite un sujet douloureux : l'anorexie. Bref ! en décembre 1998, une troupe de théâtre avait interprété 2 des textes de "L'inégal combat" ; je vous en présente un...
La mère
De ta naissance, mon enfant,
Je n’ai retenu que la joie ;
Nous te voulions tellement !
Notre bonheur en ce temps-là
Consistait à te contempler :
Toi bébé ; Toi Lolita.
Cynthia
Je refuse de grandir,
Je refuse d’assumer,
Pas envie de m’abîmer,
Pas envie de souffrir.
Le père
Je ne vais pas te garantir
Une vie sans souffrance
Car je ne dois pas te mentir ;
Mais le goût de l’existence
Va d’un mieux à un pire :
Le tout fait l’expérience !
Cynthia
Pourquoi faut-il s’envoler ?
Quitter le nid merveilleux
Où s’écoulent tant de jours heureux
Que l’on néglige d’apprécier.
Le père
Si je pouvais te préserver !
Empêcher l’angoisse, la peur,
D’à ce point te manipuler…
Ne crains pas du temps les effets,
Tu sais, ils se font en douceur,
Au bon moment, sans se presser.
Cynthia
Je refuse de vieillir,
Je refuse d’encaisser,
Pas envie de galérer,
Pas envie de me flétrir.
La mère
Les jours passent, nous maltraitent,
A nous de courir, de pleurer,
Abrutis par la tempête ;
Mais nous relevons la tête
Dès l’arrivée de l’été,
Fin prêts pour faire la fête !
Cynthia
Pourquoi faut-il s’intégrer ?
Tenir les règles du jeu
De la masse pour voix de Dieu
Plutôt qu’affirmer ses pensées.
Le père
Il nous faut respecter des lois !
La paix réclame des efforts,
Ou l’anarchie règnera…
Mes idéaux sont toujours là,
Je les pratique encore,
Je n’ai pas à rougir de moi.
Cynthia
Je refuse de bannir,
Je refuse de juger,
Pas envie de m’abaisser,
Pas envie de me trahir.
La mère
Ton âge s’enflamme vite,
Rêve d’extraordinaire,
La simplicité l’irrite.
Au mien, la réussite
Ressemble à l’ordinaire.
Aucun regret ne m’attriste.
Cynthia
Pourquoi faut-il me soigner ?
M’astreindre à un mieux
Amenant soulagement chez ceux
Qui, égoïstes, disent m’aimer.
Toi seule renonce, au fond !
Choisir la grève de la faim,
Quelle belle solution !
Pars donc en révolution,
Plutôt que mourir pour rien !
Je hais tant ta démission !
(publié dans livret "Voix Croisées" de la Maison des Associations Culturelles de Tours - déc 98)
